Compostelle

Compostelle

Le Chemin

Chemin Mythique pour tout Randonneur.

Le Chemin de Saint Jacques de Compostelle semble inaccessible au marcheur du dimanche et pourtant bon nombre de randonneurs le parcourt chaque année.

Simple promenade, véritable pèlerinage religieux, effort sportif, randonnée soutenue ou  marche détente. Les chemins se font seuls ou en groupe, organisés à l’avance ou à la découverte quotidienne. Le chemin reflète le tempérament du randonneur qui vient toujours chercher une réponse.

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Chemin entre Ruesta et Sangüesa


Mais  qui est St Jacques ?

Saint-Jacques de Compostelle est en fait Saint-Jacques le Majeur, frère de Jean l’Evangéliste et cousin germain du Christ, puisqu’il est le fils de Zébédée et de Marie Salomé, sœur de la Vierge Marie, Mère du Christ.

Saint Jacques aurait eu pour mission de prêcher la parole du Christ dans la péninsule Ibérique.

Sur ordre d’Hérode Agrippa, Jacques fut condamné en l’an 44 à avoir la tête tranchée. Il fut l’un des premiers martyrs après le Christ. Ses disciples vont placer son corps dans une barque qu’on dit de pierre, qu’on dit sans gouvernail, qu’on dit poussée par un ange. La dépouille de Jacques, accompagnée par deux de ses disciples, Athanase et Théodore va quitter le port de Jaffa, traverser la Méditerranée, passer les Colonnes d’Hercule, contourner toute la péninsule ibérique et venir s’échouer au fond d’une ria non loin du Cap Finisterre

A Iria Flavia, une ville qui aujourd’hui se nomme Padron, sur le territoire d’une très méchante reine, Lupa (La Louve), les disciples demandent de l’aide. La reine consent cependant à ce que des taureaux sauvages soient capturés dans la montagne, mais une fois attelés au sarcophage les taureaux deviennent très dociles. On peut se mettre en route vers l’intérieur des terres. Après une vingtaine de kilomètres, les taureaux frappent le sol de leurs sabots, Athanase et Théodore en concluent que c’est à cet endroit que Jacques désire être enterré. Et un voile noir va tomber, on va finir par ne plus savoir où Jacques a été enterré ; tout ce que l’on retiendra c’est qu’il se trouve “Sub arcis marmoricis”, c’est à dire sous une arche de marbre blanc.

Les siècles vont défiler ensuite.

Depuis le Vème siècle, la péninsule ibérique est occupée par les Wisigoths, peuple germanique qui, au service de l’empereur Honorius, a chassé du territoire les Vandales, les Alains et les Suèves (412). Le centre de leur royaume reste toutefois l’Aquitaine, jusqu’à ce que Clovis parvienne à les chasser en 507. Les Wisigoths se replient alors en Espagne et installent leur capitale à Tolède en 554.

Mais après avoir unifié le royaume et instauré le catholicisme, les Wisigoths connaissent des crises successorales et un certain déclin économique qui aboutissent à l’invasion musulmane.

En 711, le lieutenant berbère Tariq Ibn Ziyad franchit le détroit de Gibraltar avec ses troupes et inflige une cuisante défaite au dernier roi wisigoth, Roderic. Les musulmans ne tardent pas à conquérir toute la péninsule, à l’exception des régions montagneuses du Nord (monts Cantabriques et Pyrénées occidentales).

Le premier épisode de résistance connu se déroule vers 722, date à laquelle Pélage, un descendant des rois wisigoths, forme un royaume dans les Asturies et prend les armes. La bataille qui se déroule alors à Covadonga se clôt sur la défaite des Maures. Cette première victoire chrétienne est considérée comme le point de départ de la Reconquista.

L’épisode n’empêche pas le royaume musulman de s’enraciner davantage. En 756, l’omeyyade Abd al Rahman se proclame émir de Cordoue et rompt ainsi avec le Califat de Damas. Toutefois, l’unification des territoires musulmans ne se concrétise qu’en 929, lorsque Abd-el-Rahman III fait de l’émirat de Cordoue un califat. Le territoire connaît alors une grande prospérité tant intellectuelle, artistique qu’économique.

Divisée, l’Espagne chrétienne n’est alors pas en position de force face aux Maures. En effet, certains royaumes se combattent les uns les autres et quelques rois n’hésitent pas à s’allier avec les musulmans pour préserver leurs intérêts.

Au début du XIème siècle, la situation s’inverse. Le califat de Cordoue se morcelle en différentes petites principautés maures indépendantes, appelées “Royaumes de Taïfas“. Tandis que la domination maure s’affaiblit, le Royaume de Castille devient particulièrement puissant avec l’annexion du Leòn en 1037, sous Ferdinand 1er. Les conditions sont donc réunies pour faciliter la conquête du territoire par les chrétiens espagnols. D’autant plus que le pèlerinage de Compostelle ouvre le territoire chrétien au reste de l’Europe et leur apporte le soutien du pape et de la noblesse étrangère.

C’est dans ce contexte qu’a lieu la découverte du tombeau et la légende de Saint Jacques.

En 813, en Galice, un pieux ermite nommé Pélage aperçoit chaque soir un champ étrangement éclairé comme par une étoile – c’est le Campus Stellae, champ de l’étoile. Pélage va en rendre compte à Théodomir, l’évêque d’Iria Flavia, qui ordonne des fouilles dans ce champ de l’étoile. Et miracle ou prodige, on découvre un compustum, c’est à dire un cimetière. “Sub arcis marmoricis” se trouve un corps et Théodomir proclame haut et fort que l’on a découvert le corps de Saint Jacques. Il s’agissait peut-être du corps d’un conquérant romain, mais non, c’est saint Jacques et le pape Léon III se range à l’avis de Théodomir qui plus tard se fera inhumer sous le pavement de la première église de Compostelle aux côtés du corps de Saint Jacques.

La découverte de la tombe de Saint Jacques en 813 marque le début du pèlerinage à Compostelle. De régions de plus en plus lointaines, on va pérégriner vers Saint Jacques, vers ce Campus Stellae ou Compostum sacré, et à cet endroit, bien sûr, miracles, prodiges et choses merveilleuses se produisent.

Mais la légende n’est pas terminée. Le 23 mai 844 a lieu la bataille de Clavijo, non loin de Logrono entre chrétiens et musulmans. Les chrétiens vont être défaits et subitement apparaît dans la mêlée un blanc destrier, l’épée à la main. On reconnait Saint Jacques lui-même qui donne la victoire aux chrétiens. C’est le Matamore, celui qui tue les Maures, celui qui pourfend les infidèles. C’est ainsi que Saint Jacques va devenir le patron de l’Espagne.

L’empereur Charlemagne va avoir lui aussi connaissance des faits, et va très vite être tellement lié par la rumeur à ce site que certaines légendes épiques françaises vont lui attribuer directement la découverte ! Ceci donne une idée de l’importance de cet évènement dans l’époque.

Les reliques au Moyen Âge, moteur des pèlerinages.

Le culte des reliques est à l’origine de grands et de petits pèlerinages depuis les premiers temps du christianisme. Le corps des saints –entiers ou en morceaux-, les vêtements, le sang, les instruments de martyre, tout ce qui a été en contact avec eux… est objet de vénération et porte des propriétés miraculeuses pour le salut de l’âme et souvent du corps. Les fidèles se déplacent de très loin pour être le plus près possible de ces objets matériels qui les mettent directement en rapport avec la divinité et qui les protègent contre le mal, le diable le péché ou la condamnation. Les premières basiliques, après les persécutions, sont bâties sur les cryptes où ont été enterrés des martyrs ; pour la consécration d’une église on met une relique dans l’autel… Les cathédrales et monastères prestigieux ont de grandes collections des reliques ; ceci attire les fidèles ; les visites et la réputation augmentent ; les dons aussi… Certains chemins qui relient les abbayes entre elles deviennent des chemins de pèlerinage plus ou moins importants qui permettent la visite des reliques. Il existe même des trafics de reliques…

Ce contexte permet de comprendre que la découverte des reliques de Jacques, disciple direct de Jésus, et -d’après légendes et traditions- celui qui a évangélisé l’Espagne, a profondément ému et ébloui la chrétienté de l’Occident du Moyen Age.

Une théorie sur des origines plus anciennes.

Le Chemin de Compostelle est orienté en Espagne d’Est en Ouest, suivant la Voie Lactée, et en fait, il est aussi nommé Le Chemin des Étoiles. Non loin du supposé tombeau de l’apôtre se trouvent les côtes torturées et déchiquetées du Cap Finisterre, le Finis Terrae, la Fin de la Terre… Là où d’après la tradition aurait accosté le bateau menant en Galice la dépouille de Jacques : un lieu considéré par certains comme le but ultime du Chemin. En fait, au Moyen âge c’était déjà un endroit très visité par les pèlerins qui continuaient la route depuis Santiago. La chapelle de Santa Maria das Areas, qui date de la fin du XIIème siècle en témoigne ; face à elle se situait l’hospice pour les pèlerins, fondé par le curé de la paroisse Alonso García en 1469.

Le Cap Finisterre a été considéré depuis la nuit des temps comme un endroit magique et il a attiré plus tard l’attention des géographes et historiens gréco-romains. D’après la tradition, les romains auraient trouvé sur le site un autel consacré au soleil (Ara Solis), érigé par les anciens peuples habitant les lieux avant eux.

Le Cap Finisterre était-il un lieu de pèlerinage où se rendaient déjà les peuples pré-chrétiens ? C’est plus que possible. Le christianisme se serait-il approprié ce lieu de culte et de pèlerinage antérieur pour l’adapter à sa doctrine ? Le Chemin de Compostelle serait-il la version chrétienne d’une ancienne route de pèlerinage ancestrale sur le Chemin des Étoiles ? Le doute est permis…

Les pèlerinages

Godescalc, évêque du Puy en Velay, réalise en 950 un grand pèlerinage au tombeau de Saint Jacques. Il est considéré comme le premier pèlerin documenté, initiant un des plus importants chemins européens : celui qui va du Puy à Santiago. Compostelle prend sa place parmi les grands points de mire de la chrétienté.

Pendant le XIème siècle les pèlerinages s’intensifient grâce aux ordres religieux et aussi aux nobles et aux rois qui apportent de l’argent pour la construction des hospices, ces importants lieux d’accueil pour les pèlerins où ils pouvaient trouver tous les services, aussi bien matériels que spirituels. Ces hospices sont souvent construits dans des endroits stratégiques des différents chemins pour canaliser le flux des pèlerins en fonction d’intérêts politiques et économiques. Par exemple, le roi aragonais Sanche Ramirez fait construire au XIème siècle au Col du Somport l’hospice de Sainte Christine (« Unum Tribus Mundi », « l’un des trois les plus importants au monde ») pour faciliter le passage des pèlerins par Jaca –toute récente capitale du royaume- et faire de cette ville un important centre commercial et spirituel. De la même manière, l’hospice de Roncevaux guide directement les pèlerins vers la ville de Pampelune, capitale de la Navarre. Des ponts (éléments très importants sur le chemin de Compostelle), des chapelles, des églises… sont également construits tout le long du chemin…

Avec Rome et Jérusalem, Compostelle devient l’un des trois plus grands centres de pèlerinage chrétien dans le monde. Il va même rapidement se placer en tête de ces chemins. L’an 1033 est le millénaire de la mort de Christ, et Jérusalem va connaître un flux de pèlerins très important. Cependant cet élan est freiné par les invasions de l’Islam en Terre Sainte qui rendent ce pèlerinage difficile et dangereux. Même les croisades n’arrivent pas à ouvrir à nouveau l’accès aux pèlerins. Ceux-ci se rabattent donc sur d’autres destinations moins lointaines et risquées … comme Compostelle !

En 1120, le pape Calixte II, proclame que, les années Saintes ou Jacquaires (celles où le jour de la Saint Jacques, le 25 juillet, tombe un dimanche) les pèlerins obtiendront l’indulgence plénière. Celle-ci efface tout péché et permet au fidèle d’accéder directement au paradis à la fin de sa vie. Le pape Alexandre III confirme ce privilège à Compostelle en 1197… Si l’on tient compte du fait que l’année jacquaire arrive environ une fois tous les 6 ans à Santiago alors que les années jubilaires à Rome (donnant également indulgence plénière) n’arrivent que tous les 25 ans…  On comprend bien le succès des pèlerinages en Galice !

Vers l’an 1140, un religieux français, Aimery Picaud écrit ce qui sera considéré comme le premier guide touristique du chemin de Compostelle, le « Liber Sancti Jacobi ». Il s’agit d’une minutieuse description du Chemin, des villes et villages traversés ainsi que du caractère de ses habitants (avec un avis assez défavorable sur les habitants de l’Espagne). Y sont décrits les dangers, les distances entre villages, monuments et centres spirituels, les hospices, les bons et mauvais fleuves, etc. Il inclut également une description détaillée de la ville de Santiago de Compostela, ses monuments et ses reliques… L’itinéraire est découpé en 13 étapes, chacune d’elles divisée en plusieurs jours, avec une distance à parcourir d’environ 35 Km par jour à pied ou le double à cheval. Ce livre a été par la suite attribué au pape Calixte II par les moines de Cluny ; pour cette raison il est connu également en tant que « Codex Calixtinus ».

C’est l’âge d’or des pèlerinages à Compostelle ; une foule de dizaines (peut-être de centaines) de milliers de croyants empruntent le Chemin chaque année : à cheval pour les plus fortunés, à pied pour les plus pauvres, aidés par le bâton –utilisé comme appui et parfois comme arme contre les bandits- et la calebasse pour transporter l’eau. Ces deux éléments sont devenus les symboles du pèlerin, comme la coquille que les marcheurs porteront avec fierté à leur retour comme preuve de leur périple…

Bien sûr, il n’y a pas que des hommes et des femmes pieux sur les chemins : la foule attire également des faux pèlerins que vivent de la charité d’hospice en hospice, des voleurs et des opportunistes ; jeu et prostitution sont aussi présents… Avec le temps, certaines peines de prison pendent être abolies en réalisant le pèlerinage. A l’inverse, si on est riche, on peut aussi payer quelqu’un pour faire le Chemin à sa place… et on obtient les indulgences qui vont avec !

Le déclin des pèlerinages

À partir du XIVème siècle, les pèlerinages à Compostelle entament un sérieux déclin à cause principalement des épidémies de Peste qui ravagent l’Europe. Il faut rajouter à ça les famines liées à de mauvaises récoltes… En plus, à cette période là, les enjeux de la reconquête se sont déportés dans le Sud de l’Espagne où les musulmans restent implantés et où les royaumes chrétiens vont désormais consacrer toute leur énergie et leurs appuis, délaissant par voie de conséquence la partie Nord.

200 ans plus tard, Martin Luther entame une lutte contre les indulgences qui va être à l’origine de l’apparition du protestantisme. Il se déclare ouvertement contre les pèlerinages à Saint Jacques et les condamne en ces termes : « …on ne sait pas si est enterré là Jacques, un chien ou un cheval mort… alors, n’y allez pas… ». Le succès des doctrines de Luther dans de nombreuses régions en Europe est un coup dur pour Compostelle.

Puis, les reliques de Saint Jacques disparaissent. En effet, vers l’an 1590, le corsaire anglais Francis Drake menace de ravager Santiago de Compostela, de détruire sa cathédrale et de piller le tombeau de l’apôtre. L’évêque de Santiago, Juan de Sanclemente, décide alors de cacher les reliques de Jacques. Le problème c’est qu’il va mourir sans dire à personne où elles sont…

Pendant les siècles qui suivent la décadence du Chemin s’accélère. Les chroniques racontent que le 25 juillet 1867, jour de la Saint Jacques, il n’y avait que quelques dizaines de pèlerins à Santiago de Compostela…

La redécouverte des reliques et l’élan des pèlerinages actuels

Alors que Miguel Payà y Rico est évêque de Compostelle, des travaux sont réalisés dans la cathédrale de Saint Jacques. Derrière l’autel principal, le 28 janvier 1879, les ouvriers percent une voûte et trouvent une urne avec des ossements humains. L’évêque pense immédiatement qu’il pourrait s’agir des reliques de Saint Jacques cachées par son prédécesseur, et envoie ces restes à l’université de Compostelle pour les faire analyser. La conclusion (peut-être un peu partisane, mais c’est compréhensible…) c’est que, effectivement, il s’agit bien de ces reliques. Le pape Léon XIII dans sa lettre « Deus Omnipotens » annonce au monde chrétien cette redécouverte. C’est le point de départ du renouveau du Chemin.

Mais c’est vraiment pendant les dernières décennies du XXème siècle que le Chemin de Compostelle va connaître à nouveau un dynamisme sans précédent depuis l’âge d’or du Moyen âge. La recherche de spiritualité pour les uns, la possibilité de réaliser un long voyage à pied pour les autres, la richesse culturelle et architecturale de l’itinéraire liées à… une grosse campagne de promotion lancée par les régions traversées ont fait « boule de neige » sur le Chemin de Compostelle. La déclaration du Chemin de Compostelle comme Patrimoine de l’humanité par l’UNESCO en 1993 parachève les conditions de cette renaissance.

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Balise Européenne du Chemin de Compostelle

pour en savoir plus:

Témoignage

Via Compostela.com

Wikipedia

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